1. La formation à l'entrepreneuriat, à tous les niveaux de l'enseignement, mais plus spécialement dans l'enseignement supérieur, doit devenir une priorité, fortement et fréquemment affichée par les responsables politiques, économiques et médiatiques. Ils devront convaincre l'opinion publique que, dans la nouvelle structure économique mondiale, l'approche entrepreneuriale reste le plus sûr moyen de permettre à la France de rentrer dans les meilleures conditions dans le troisième millénaire.
Tout particulièrement, les établissements d'enseignement supérieur devront recevoir la mission de familiariser leurs étudiants avec la création d'activité et de les doter des outils qui leur permettront, le moment venu, de passer sans trop de difficulté de leur projet jusqu'à son succès commercial.
2. A cet effet, toutes les écoles d'ingénieurs devront insérer comme une matière de base dans leur programme les « finalités et techniques de la création d'activité », organiser à cet effet un tronc commun et, par ailleurs, développer des options.
Les enseignements de tronc commun seront obligatoires, normalement en première année, sous une forme qui dépendra évidemment du projet pédagogique, de la vocation et même de la situation géographique de l'Ecole.
Pour le reste de la scolarité ils prendront en général la forme d'une option.. L'objectif devrait être qu'en moyenne dans chaque école de cette catégorie, au moins 10 % de la promotion suive cette option.
3. Mais, il convient également d'encourager des expériences pilotes afin qu'un certain nombre d'écoles d'ingénieurs affiche comme une priorité de leur projet pédagogique la formation de futurs entrepreneurs (c'est-à-dire de créateurs d'activités au sens large comme définis au § 2.2.2.) : l' « esprit » de ces écoles (au sens anglo-saxon de « College ») devra être de former ces « ingénieurs entrepreneurs » aussi bien que des « ingénieurs salariés ». En effet, même si tous les anciens élèves ne créeront pas systématiquement d'activités ou d'entreprises dans leur carrière, il importe néanmoins qu'ils se sentent tous capables de le faire si les circonstances se présentent.
Pour ces écoles, la sensibilisation à l'entrepreneuriat et son apprentissage prendront leur forme « lourde » et la fraction des élèves qui choisiraient la « filière entrepreneur » devrait dépasser 30 %. Toute la panoplie d'outils mentionnés (incubateurs, stages en start-ups, ....) sera mise en úuvre.
Un mastère et un cycle de formation continue seraient organisés en liaison avec une école de gestion.
4. Plus généralement, il conviendra également d'infléchir dans le sens de la formation entrepreneuriale un certain nombre d'outils de formation utilisés par les écoles d'ingénieurs. Par exemple :
- une partie des « projets d'ingénieurs » seront des projets de création d'activité convergeant vers un « business plan » ; celui possède en effet une forte vertu intégratrice en introduisant les aspects financiers et commerciaux à égalité avec les aspects techniques ;
- les stages seront organisés sur des périodes significatives qui permettent de véritables prises de responsabilités, et des efforts seront faits pour qu'une fraction notable des stages se déroule dans de jeunes PME (et si possible dans des start-up high-tech, voire dans des entreprises encore au stade de l'incubation), qui donnent beaucoup plus l'esprit entrepreneurial que les grands groupes ;
Pour les écoles relevant du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, le réseau des DRIRE devrait faciliter l'organisation de tels stages et aider les écoles à trouver les tuteurs nécessaires.
- des tuteurs entrepreneurs devront être affectés aux élèves au cours de leur scolarité pour suivre leur progression dans leur formation et leur faire part d'expériences vécues.
- les écoles s'efforceront d'intéresser les associations d'élèves à ces problèmes ; l'idéal serait qu'elles deviennent les éléments moteurs de la formation entrepreneuriale, notamment en organisant des témoignages, des visites, des concours de projets, etc.
5. En outre, l'esprit de créativité devra être développé et la politique de l'innovation systématiquement enseignée, y compris dans les écoles qui ne mettront pas l'accent sur la formation entrepreneuriale. Certaines de ces écoles continueront en effet à compter parmi leurs anciens élèves des managers (publics ou privés) qui auront à connaître et à gérer des innovations (et des innovateurs) dont il faut qu'ils puissent les aider à se développer et non les inhiber.
Les laboratoires de recherche de l'école devront y jouer un rôle. Il faudra de plus que les élèves-ingénieurs puissent y accéder, notamment dans la perspective d'y trouver des projets pour des entreprises qu'ils voudraient très vite créer.
6. Pour mettre en úuvre les propositions précédentes, des collaborations étroites devront être instaurées :
- d'abord, entre les écoles d'ingénieurs qui peuvent avoir intérêt à mutualiser leurs moyens ;
- mais aussi entre les écoles d'ingénieurs et les écoles de gestion spécialisées en formation entrepreneuriale, en surmontant les difficultés que la réalisation de ces accords peut parfois rencontrer ;
- enfin, entre les écoles d'ingénieurs et les universités qui úuvrent dans ce domaine.
Le cas échéant, des enseignements communs seront organisés. En outre, des projets pratiques avec des équipes composées conjointement d'étudiants d'établissements différents pourraient être mis en place, ainsi que des stages communs en entreprise.
7. Le nombre d'enseignants spécialisés dans la formation entrepreneuriale devra être notablement augmenté par une politique volontariste de recrutement et de formation. La majorité pourra travailler dans les écoles de management mais un certain nombre d'entre eux seront recrutés par les écoles d'ingénieurs.
Toutefois, pour conserver un juste équilibre entre la formation théorique et la « formation-action », il faudra également faire appel à des professeurs extérieurs (praticiens et chefs d'entreprises) qui apporteront la dimension pratique et vécue nécessaire à cet enseignement. A cet égard, la part des intervenants extérieurs rapportée à celle des enseignants de formation académique, devra sans doute être beaucoup plus importante que dans les autres disciplines traditionnellement enseignées dans les écoles d'ingénieurs.
8. Les directeurs des écoles d'ingénieurs devront se concerter entre eux et avec leur tutelle pour mettre en úuvre cette nouvelle politique.
Le corps enseignant devra participer à cette nouvelle orientation en consacrant du temps à l'encadrement des projets Ö mais aussi en acceptant de réduire le volume de leur propre enseignement.
9. Dans les écoles d'ingénieurs à formation axée sur l'entrepreneuriat, les critères de recrutement des élèves devront être adaptés. En particulier, parmi les épreuves d'entrée, le passage devant un jury capable de détecter la motivation et les aptitudes des candidats à ce type de formation, devra être systématisé.
10. Les incubateurs d'entreprises devront être développés : d'une part, pour leur valeur d'exemple tant auprès des élèves que du corps enseignant (ils permettent de montrer que « Créer, c'est possible ! ») ; d'autre part, parce qu'ils aident ceux qui veulent créer leur entreprise (à la sortie de l'école ou plus tard) à le faire.
Mais ces incubateurs devront veiller à avoir une taille critique pour garder leur crédibilité et leur vertu d'exemple ; à cet égard, le regroupement d'incubateurs, par des rapprochements locaux entre écoles et/ou entre écoles et universités, pourra être recherché.
Dans tous les cas la constitution de réseaux devrait être une priorité.
En outre, les grandes écoles pourraient constituer, en liaison avec les DRIRE et le cas échéant avec de grandes entreprises et les grands centres de recherche qui pourraient y être intéressés, des centres de ressources pour les entrepreneurs. Ces centres de ressources, principalement dirigés vers les créateurs « seniors », devraient leur apporter les facilités dont ils pourraient avoir besoin pour se lancer dans la création d'entreprises ou d'activités nouvelles (conseils, réseaux de relations, etc.).
11. Un effort considérable doit être réalisé pour permettre de disposer de statistiques très complètes sur la création d'entreprises. Parmi les données à recueillir citons :
- d'abord, faire prendre conscience aux élèves dès le collège et le lycée que le monde a changé et que le modèle de l'employé salarié n'est plus (et sera de moins en moins) l'unique référence dans l'environnement économique actuel. Il s'agit de faire changer les mentalités suffisamment jeune.
- ensuite, donner les connaissances minimales en entrepreneuriat pour ceux qui créeront ou reprendront leur propre affaire sans nécessairement poursuivre des études supérieures : commerçants, agriculteurs, artisans, travailleurs indépendants, etc.
- enfin, préparer les futurs étudiants de l'enseignement supérieur, et notamment les futurs étudiants des grandes écoles d'ingénieurs à parfaire une formation et une culture entrepreneuriale.
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Au cours de cette étude un assez grand nombre de points ont été seulement signalés mais sans qu'ils puissent être approfondis, soit faute de temps, soit qu'ils dépassent le cadre de cette mission. Nous proposons qu'ils puissent faire l'objet d'examens ultérieurs. L'on peut notamment citer :
- les moyens à mettre en úuvre pour favoriser les partenariats entre écoles d'ingénieurs et écoles de gestion afin de bâtir des formations conjointes à l'entrepreneuriat ;
- les modalités de recrutement des élèves dans les écoles d'ingénieurs qui auront inscrit la formation entrepreneuriale comme priorité de leur projet pédagogique (cf. proposition n° 9). Ces modalités prendront en compte l'intérêt du candidat pour la création d'activités ;
- une comparaison internationale plus poussée et plus exhaustive de la formation entrepreneuriale ;
Encore directement liés à la formation entrepreneuriale mais dans un cadre élargi, deux problèmes de fond devraient être attaqués :
- La formation en amont à donner aux élèves arrivant dans les écoles d'ingénieurs pour que celles-ci trouvent un terrain quelque peu préparé à la mise en oeuvre de leurs programmes.
- La gestion de l'échec d'une création : ceci s'enseigne, mais il faudrait examiner l'ensemble des mesures qui rendraient plus supportable l'arrêt d'une tentative de création.
De plus, comme nous l'avons déjà mentionné, les progrès de la formation entrepreneuriale seraient inutiles ( et, à la limite, ils risqueraient d'être dangereux), s'ils ne s'inscrivaient pas dans un effort plus conséquent et plus cohérent en faveur de la création et de la croissance des entreprises.
Pour établir sur une base aussi solide que possible un plan d'action qui se traduise par un changement massif en ce domaine, il serait utile de disposer d'un tableau de la situation précis et complet, auquel le CGM et le CGTI pourraient collaborer. Citons seulement les trous de connaissance ou de réflexion qui sont apparus au cours de ce rapport :
- Indicateurs sur la création d'entreprises non unipersonnelles dans l'industrie et les services à haute valeur ajoutée, et en particulier celles qui sont créées par des ingénieurs ainsi que par les autres diplômés de l'enseignement supérieur. Une première évaluation, même assez imprécise au sens des statisticiens, serait urgente.
- La place en France des entreprises de haute-technologie : leur poids en terme d'emplois, par taille et par secteur. Est-il exact, par exemple, que la proportion d'entreprises de haute technologie dans l'industrie et les services soit deux fois moins élevée qu'aux États-Unis et au Japon.
- Les structures d'incubation au contact des établissements de formation et de recherche.
- L'articulation ou niveau régional de ces diverses actions, y compris la formation entrepreneuriale.
En fait ce rapport ne devrait être considéré que comme une brique d'un plan d'évaluation, de mesure et d'action pour promouvoir la création et la croissance des entreprises.