B) ... confrontée à quatre révolutions

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1. Dans les sciences et les technologies

L'évolution des technologies provoquera un bouleversement des modes d'apprentissage et de la nature des disciplines enseignées.

Les méthodes pédagogiques vont être très bientôt bouleversées. Les nouvelles technologies permettront de mettre les meilleurs spécialistes de chaque discipline en contact direct, même à distance, avec tous les étudiants de toutes les universités. Cela permettra la mise en réseau des établissements, des enseignants, des élèves. Comme toutes les autres activités humaines, l'université deviendra " nomade ". Elle ne se résumera plus à un lieu mais elle rassemblera des enseignants et des étudiants géographiquement distants qui pourront étudier, enseigner, échanger, chercher, se documenter, partager un projet sans avoir à se déplacer.

De même, les formes d'exercice de la plupart des métiers se renouvelleront de plus en plus rapidement. Elles nécessiteront une adaptation permanente des savoirs, en amont même du système d'enseignement supérieur. Chacun exercera dans sa vie un nombre croissant de professions et d'activités d'utilité sociale, dans des lieux de plus en plus nombreux, avec de plus en plus de responsabilités d'entrepreneur et de moins en moins de sujétions de salarié. Même les métiers anciennement manuels - qui pourront encore être exercés sans formation théorique supérieure - comporteront de plus en plus une dimension abstraite, passant par la manipulation d'informations, automatisée ou non. Inversement, la formation scientifique théorique devra faire une place beaucoup plus large à l'expérimentation, condition de la découverte, antidote nécessaire à la plongée dans le virtuel à laquelle chacun sera de plus en plus souvent convié dans le travail et les loisirs.

Même s'il est illusoire de prétendre pouvoir donner une liste de tous les savoirs qui seraient nécessaires après-demain, la plupart des métiers exigeront une pratique très aisée de l'informatique et de toutes les technologies associées - d'Internet au virtuel - la maîtrise écrite et symbolique de trois langues dont la langue maternelle, et une bonne connaissance de l'environnement international.

2. Dans les liens entre l'enseignement supérieur et l'Etat

A la différence de la situation qui prévalait il y a peu encore, la fonction des universités et des grandes écoles ne sera plus de se disputer l'organisation du recrutement des cadres de l'Etat.

L'université et les grandes écoles devront cependant continuer de lui fournir les agents dont il aura besoin. La formation des enseignants par les IUFM et les concours de CAPES et d'agrégation resteront une responsabilité majeure du service public d'enseignement supérieur. A cela s'ajouteront les exigences multiples de formations nouvelles pour les formes futures du service du public : collectivités locales, associations, organisations internationales, etc.

3. Dans les liens entre l'enseignement supérieur et les entreprises

Les entreprises innovantes, qui créeront l'essentiel des emplois et des richesses de demain, ne pourront se développer que dans une relation étroite et confiante avec le système universitaire. Là où ces liens seront solides et sans arrière pensée, ces entreprises seront responsables d'une part importante de la croissance et de l'emploi du pays. Aux Etats-Unis, par exemple, les diplômés et les enseignants d'une seule université, le Massachusetts Institute of Technology, se trouvent à l'origine de quelques 4.000 entreprises (pour plus de la moitié créées par des anciens étudiants dans les quinze années ayant suivi l'obtention du diplôme et pour une sur six dans les cinq années suivant le diplôme) faisant vivre plus d'un million de personnes. L'ensemble économique ainsi engendré produit plus de richesses que le pays se classant à la vingt-quatrième place dans le monde par son PIB. Aux Etats-Unis encore, une industrie née entièrement dans les universités, celle des logiciels, est devenue la troisième industrie du pays, devant l'industrie aéronautique et la pharmacie. Une autre, la biogénétique, est en passe d'en faire autant.

En France, tout reste à faire dans ces domaines. La où les recherches fondamentales menées par des professeurs peuvent être à l'origine de création d'entreprises, la France est encore particulièrement peu présente : on ne compte que deux entreprises françaises parmi les cinquante premiers éditeurs mondiaux de logiciels, aucune société française parmi les dix plus gros constructeurs d'ordinateurs, une seule parmi les cent premières entreprises mondiales dans les biotechnologies et une autre parmi les dix premiers mondiaux dans le domaine des semi-conducteurs. Et aucune de celles qui existent ne sont liées de façon déterminante au système d'enseignement supérieur, même si presque toutes ont été fondées de près ou de loin par des universitaires.

Si l'on veut éviter que des entreprises de taille mondiale ne décident de satisfaire par leurs propres moyens à leurs futurs besoins de formation beaucoup plus qu'elles ne le sont aujourd'hui, les universités devront contribuer à la création d'entreprises et à leur développement. Pour cela, elles devront valoriser leur recherche, prendre des brevets, organiser des entreprises en leur sein.

4. Dans le rythme d'apprentissage des savoirs

Dans ce contexte, la dichotomie entre formation et vie active n'a plus de sens. Se former est un travail. On se forme en travaillant. La formation permanente doit devenir une règle. Il faudra, en conséquence, reconnaître et - à long terme appliquer - les trois principes suivants :

Au bout d'une période de dix à quinze ans, selon les professions, un diplôme perdra toute valeur s'il n'a pas été réactualisé, à la fois par une pratique professionnelle et par un contact approfondi et renouvelé avec l'état de la science, au sein d'université. Les salariés devront être tenus de consacrer une partie de leur temps à une formation en permanence, à l'université ou ailleurs, sur la base d'un projet professionnel établi avec un employeur. Un séjour de quelques mois dans un établissement d'enseignement supérieur tous les dix ans devra devenir peu à peu la règle, d'abord dans les métiers où la tenue à jour du savoir est la plus nécessaire, (tels ceux de la médecine ou des sciences de la vie) puis pour tous les autres.

L'élévation du niveau de qualification des Français doit devenir le principal objectif de la politique économique et sociale de la France. Se former n'améliorera pas seulement la valeur professionnelle de celui qui le fait, mais augmentera aussi la capacité à créer de toute la collectivité. En conséquence, toute formation continue dans l'enseignement supérieur, effectuée par quelqu'un privé d'emploi et visant à accroître une qualification et à favoriser une insertion professionnelle, devra être considérée comme un travail méritant rémunération, comme un investissement stratégique.

La mobilité géographique des enseignants étant la règle, elle devra pouvoir être associée à une mobilité fonctionnelle. Tout enseignant devra, sans perdre son statut, pouvoir changer de poste au bout de quelques années pour occuper d'autres fonctions, toujours à l'intérieur du service public: enseigner, se former, chercher ou gérer.