A) Dans les universités : le 3 / 5 ou 8

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Au vu de ce qui précède, le découpage actuel de l'enseignement universitaire en trois cycles n'a plus de sens : il ne permet pas de dégager des niveaux scientifiquement et professionnellement adéquats, de servir les objectifs dégagés plus haut ni d'assurer la meilleure harmonisation entre universités et grandes écoles.

Deux principes seront essentiels :

On devra aller vers des cursus plus clairs, mettant l'accent sur les meilleurs diplômes, et par ailleurs conformes à ce qui se dessine dans d'autres pays du continent.

La distinction centrale sera entre deux niveaux de qualification, sanctionnés l'un et l'autre par de véritables diplômes professionnels : l'un à trois ans ; l'autre à cinq ou huit ans (3 / 5 ou 8).

Cette réforme n'aura pas pour effet d'introduire des rigidités supplémentaires ni d'allonger les études, mais au contraire de simplifier les cursus et d'organiser des niveaux de référence facilitant l'insertion professionnelle.

Le premier niveau sera la licence. Ni le DEUG ni les classes préparatoires ne correspondant à un réel niveau de sortie professionnel, Bac + 3 est le premier niveau le plus judicieux.

Le second niveau conduira les étudiants admis à la licence et désireux de poursuivre des études à s'engager soit dans une "Nouvelle maîtrise" (formation de deux ans à vocation professionnelle), soit dans un doctorat, pour une période de cinq années qui débouchera sur une thèse.

Un tel dispositif permettra d'ouvrir des passerelles entre universités et écoles et d'intégrer, dans la formation des élèves ingénieurs, l'innovation et la recherche.

 

1. Le premier niveau : la Licence

Le premier niveau qualifiant, d'une durée moyenne de trois ans (ou six semestres) - mais qui pourra être accompli plus vite - conduira à la licence, qui deviendra un diplôme à la fois général et professionnel.

Ce diplôme visera à développer la curiosité de l'étudiant, tout en lui assurant une réelle formation professionnelle. Sa mission sera de déceler non seulement les capacités d'apprendre mais aussi les capacités de créer. Chaque étudiant pourra déterminer, en fonction de ses impératifs propres et de ses capacités, la façon la plus adéquate d'y parvenir. Fondée sur un système très flexible d'unités de valeur capitalisables par semestre, la licence pourra être interrompue à tout moment sans que soit perdu le bénéfice des semestres déjà validés. L'étudiant aura donc la possibilité - exclue de fait aujourd'hui par l'obligation d'obtenir le DEUG en trois ans au maximum - de reprendre des études après quelques mois, voire quelques années, d'interruption.

Le premier semestre sera une véritable plate-forme d'orientation, laissant le droit à plusieurs choix, les réorientations n'étant pas stigmatisées comme des échecs.

Au terme de ce premier semestre, l'étudiant choisira un champ disciplinaire de spécialisation, dans lequel il suivra un nombre déterminé d'enseignements obligatoires sans abandonner pour autant l'étude, nécessairement moins approfondie, d'autres champs disciplinaires. Les enseignements spécialisés seront davantage centrés sur des objets concrets d'études, avec dans certains domaines un recours plus fréquent à des professeurs associés issus du monde de l'entreprise.

Pendant ces trois années, les étudiants seront systématiquement répartis en petits groupes, au sein desquels des enseignants devront apporter une aide méthodologique. On introduira ainsi dans l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur les conditions de travail jusqu'à présent réservées aux classes préparatoires aux grandes écoles. Quelques cours magistraux mettront les étudiants qui entament leur formation supérieure en contact avec des maîtres reconnus du champ disciplinaire. De surcroît, des professeurs agrégés du secondaire, qui conserveront par ailleurs une partie de leur charge d'enseignement dans les lycées, seront habilités à participer à la formation dans ce premier niveau. Ils faciliteront, pour les étudiants, la transition entre enseignements secondaire et supérieur.

La troisième année sera plus fortement marquée par une orientation professionnelle généraliste ou technologique (avec notamment la possibilité d'un stage en entreprise).

Au total, le titulaire de la licence acquerra un corpus de connaissances de base et une capacité d'analyse et de questionnement professionnellement utilisable. Les conventions collectives devront reconnaître la valeur de ce diplôme.

Cette individualisation des parcours permettra, sans allonger la durée réelle des études, de garantir une formation qualifiante à tous. Plus aucun étudiant ne pourra ainsi quitter l'université, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui, à l'issue de deux ou trois ans d'études, sans avoir fait valider les enseignements qu'il y aura suivis avec succès.

Cette réforme ne conduira pas à supprimer les diplômes aujourd'hui délivrés à Bac+2. En particulier, les DUT et les BTS, qui ont su attirer de nombreux étudiants, pour une large part issus des milieux les moins favorisés, et trouver (dans le secteur secondaire, au moins) une réelle légitimité aux yeux des employeurs, seront maintenus. Ils trouveront très logiquement leur place dans la nouvelle architecture des cursus d'enseignement supérieur à finalité professionnelle.

A leur formation concentrée aujourd'hui sur deux ans s'ajoutera à une année supplémentaire, avec un diplôme nouveau, destinée à permettre aux étudiants d'acquérir une expérience professionnelle plus approfondie et une meilleure connaissance de l'entreprise, par une formation en alternance, comportant un passage de durée significative dans une entreprise.

L'entreprise pourra, si cela se révèle justifié, imputer sur ce type de charge une partie de la taxe d'apprentissage qu'elle doit normalement acquitter.

Les formations de techniciens du secteur tertiaire, dont les débouchés sont plus incertains, devront voir leurs programmes d'enseignement refondus, et retireront un bénéfice plus net encore que les autres de l'introduction d'une formule d'alternance.

 

Les titulaires du DUT ou du BTS devront pouvoir rejoindre les autres cursus universitaires plus facilement qu'aujourd'hui sur dossier, avec une gamme de choix élargie dont l'articulation avec les IUP devra être assurée.

 

2. Un deuxième niveau : La Nouvelle Maîtrise ou le Doctorat

Tout étudiant ayant obtenu la licence aura le choix entre commencer immédiatement une carrière professionnelle, entrer en Nouvelle Maîtrise ou entrer en doctorat. Il pourra aussi décider de faire l'un puis l'autre : aucun cursus ne constituera une impasse.

a) La Nouvelle Maîtrise (Bac + 5)

La Nouvelle Maîtrise sera accessible sans sélection à tout étudiant ayant obtenu une licence. Elle aura deux vocations bien distinctes : préparer son titulaire à accéder à des fonctions de responsabilité dans le secteur privé ou public, ou l'aider à devenir enseignant et chercheur, et donc à s'engager en formation doctorale. Elle ne sera pas la pure et simple continuation des études du premier niveau, mais elle constituera une période de spécialisation plus marquée par l'approfondissement d'un champ disciplinaire, voire de plusieurs étroitement liés, déjà abordés en cycle de licence.

Certaines Nouvelles Maîtrises seront très liées à la recherche, d'autres conduiront à des études à l'orientation professionnelle plus marquée. Elles pourront, le cas échéant, être abordées après un passage de quelques années dans le monde du travail. Certaines pourront même poser comme condition à l'admission l'obligation d'avoir passé préalablement quelques années dans une entreprise.

La Nouvelle Maîtrise sera préparée en deux ans (six mois d'études, six mois de stage et un an de recherche ou d'études complémentaire).

Les stages pourront être divisés en plusieurs périodes. Ils ne seront pas nécessairement accomplis dans une entreprise mais aussi dans un centre de recherche. Le stage doit être une formation et non un apprentissage. Les entreprises devront assurer l'encadrement pédagogique d'étudiants dont elles seront ultérieurement les principales bénéficiaires. Comme on ne peut sans doute espérer plus qu'un doublement du nombre des stages d'ingénieurs, tels qu'ils se pratiquent à l'heure actuelle, il faudra donc vraisemblablement concevoir pour les maîtrises de ces champs disciplinaires des stages de types nouveaux, s'apparentant par exemple aux formules pratiquées aujourd'hui dans quelques grandes écoles de commerce. Certains cursus ne les exigeront pas.

La deuxième année sera consacrée soit à la recherche, soit à une formation complémentaire dans des matières décisives pour l'insertion dans une entreprise mais étrangères à la spécialisation originelle de l'étudiant (par exemple le droit ou la comptabilité pour des étudiants scientifiques).

Un cursus particulier de Nouvelle Maîtrise sera réservé aux étudiants se destinant à l'enseignement dans le secondaire et désireux, à cette fin, de préparer le concours d'agrégation dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui : les deux ans de leur Nouvelle Maîtrise se répartiront en un an de recherche (sur le modèle actuel des maîtrises en lettres ou en sciences humaines) et un an de préparation proprement dite du concours.

De plus, des études détaillées devront établir le sort à réserver dans ces nouveaux cursus aux multiples diplômes à Bac + 4, (tels les MSG, les MST) qui pourront être préservés s'ils constituent des acquis de la professionnalisation de l'enseignement supérieur et des étapes intermédiaires dans la formation des Nouvelles Maîtrises.

b) Le Doctorat

Une fraction limitée des titulaires de la licence s'engagera dans une voie spécifiquement centrée sur la recherche, en vue de la rédaction d'une thèse.

La première année de ce cursus de cinq ans permettra à l'étudiant de parfaire sa culture scientifique tout en différant le moment de la véritable spécialisation. Elle comprendra six mois de formation pluridisciplinaire, ne portant pas sur une unique discipline mais sur un ensemble de matières apparentées (telles que, par exemple, la chimie organique, la chimie minérale, la physique quantique, la matière condensée, etc.), complétés par six mois de stage de recherche.

La deuxième année sera divisée en six mois de formation plus spécialisée (l'étudiant disposant cette fois de suffisamment d'éléments pour procéder au choix averti d'un sujet de thèse), et six mois de début de recherche. A l'issue de cette année, l'étudiant passera, s'il le souhaite, les examens nécessaires à l'obtention de la Nouvelle Maîtrise.

Les trois années restantes seront entièrement consacrées à la réalisation du travail de recherche et à la rédaction de la thèse. Les étudiants se verront alors proposer, comme c'est déjà le cas dans certaines Ecoles Doctorales, des formations complémentaires, dans les universités ou les grandes écoles. Une osmose plus grande entre cours et recherche sera assurée dans le cadre des Ecoles Doctorales. Idéalement, nul ne pourra obtenir un doctorat sans justifier d'au moins six mois d'études ou de recherche à l'étranger, pourvu que ce séjour ne soit pas laissé à la charge financière de l'étudiant.

La principale différence avec le cursus actuel de préparation de la thèse se situera dans les quatrième et cinquième années d'études après le bac, intégrant la recherche plus tôt dans le cursus.

L'université conservera - et, là où c'est nécessaire retrouvera - le monopole de la délivrance de ses propres diplômes et en particulier du doctorat.

Les étudiants lancés dans les cursus actuels devront se voir garantir les mêmes débouchés que dans le modèle nouveau proposé ici. De plus, il faudra inclure ces réformes dans le contexte d'une véritable concertation européenne sur les cursus, qui devra en particulier impliquer les autorités universitaires et les Conférences Européennes des Recteurs ou des Présidents.

3. La formation en permanence : un univers à conquérir

Les établissements d'enseignement supérieur doivent devenir ou redevenir des centres à part entière de formation continue. Pour cela ils devront faire connaître leur offre de formation et en débattre avec les entreprises. Ils pourront proposer des parcours de formation en permanence permettant l'acquisition de véritables diplômes universitaires, normalement délivrés uniquement dans le cadre de la formation initiale, au besoin en développant les formules de validation des acquis professionnels après négociation avec les partenaires sociaux. Cette formation en permanence ne sera pas seulement une actualisation des savoirs mais aussi l'incursion dans des domaines neufs.

Les personnels enseignants de l'université, - et non de simples vacataires - participeront à cette formation en permanence, à l'intérieur de leurs obligations de service. Ces formations seront évaluées par l'ASE.

La formation dans les universités doit enfin être ouverte aussi aux retraités, au delà des actuelles "universités du troisième âge".

Les fonds cumulés par les entreprises au titre de la formation permanente au sein des "Instituts de Formation Continue" - dont les établissements d'enseignement supérieur sont d'ailleurs trop généralement absents - et les fonds récoltés au titre de la taxe d'apprentissage pourront contribuer à financer le droit de tous à la formation continue.