Plusieurs des principes définis pour les universités serviront à fixer le cadre des réformes à mener dans les grandes écoles : elles continueront à être l'un des viviers privilégiés de l'élite technicienne. Leurs cursus seront rendus plus cohérents et mieux harmonisés avec ceux des universités, dans un modèle européen d'enseignement supérieur.
Leurs modes de recrutement seront revus et diversifiés. Elles feront une place beaucoup plus importante à la recherche. Enfin, elles cesseront d'avoir le monopole d'accès aux grands corps de l'Etat.
Leur maintien au sein des lycées n'aura plus de sens quand les universités auront obtenu les moyens budgétaires d'assurer l'enseignement en petits groupes de haut niveau recommandés plus haut. Les classes préparatoires seront alors, - et alors seulement -, intégrées avec leurs enseignants, au monde universitaire. Leurs cursus comporteront de plus quelques cours magistraux dispensés par des professeurs d'université.
Ils doivent permettre d'évaluer non seulement la capacité des candidats à répondre à une question, mais aussi à poser la bonne question face à une situation donnée, à démontrer une capacité à créer et pas seulement à apprendre. Pour cela, ils comporteront progressivement une part accrue de contrôle continu, d'oraux et d'entretiens. Enfin, comme c'est déjà le cas pour certains concours, un candidat ayant reçu une note exceptionnelle dans une matière et une note très faible dans une autre ne devra pas pour autant se voir interdire l'accès à l'école qu'il mérite.
En outre, l'impératif de justice sociale impose d'assurer aux étudiants issus des formations technologiques (c'est-à-dire entrant après une formation technologique du secondaire dans des classes préparatoires particulières (PT, TSI) ou dans un cursus spécifique (DUT et BTS)) un accès beaucoup plus large aux grandes écoles d'ingénieurs et de commerce. Pour cela, des concours particuliers leur seront réservés.
Enfin, des admissions sur dossiers et sur entretiens permettront de recruter dans ces écoles des étudiants étrangers, en s'appuyant sur un système d'équivalences et éventuellement sur des jurys multinationaux, avec un objectif de réciprocité avec les grands établissements étrangers.
Toutes les grandes écoles - dont la scolarité dure en général trois ans après deux ans de classes préparatoires - conduiront leurs élèves au niveau de la licence en un an, et à celui de la Nouvelle Maîtrise au moment de la sortie de l'école.
Toutes les écoles et leurs cursus seront soumises à l'évaluation périodique de l'ASE en association avec la Commission du Titre d'Ingénieur.
Nul diplômé de grande école ne devra, de surcroît, achever ses études sans avoir eu un contact prolongé et fructueux avec les méthodes de la recherche scientifique.
Devront se développer des Nouvelles Maîtrises et des écoles doctorales communes à des universités et à des grandes écoles. Aucun diplôme de docteur ne devra pouvoir être délivré par une école sans avoir été défini dans le cadre d'un accord avec une université.
Enfin, toutes les écoles devront, comme les universités, chercher à nouer des alliances et des partenariats avec des universités étrangères afin de créer les conditions d'harmonisation de leurs cursus et d'aider là où c'est nécessaire à l'émergence d'une vision européenne de leurs champs disciplinaires.
Sans chercher à détailler les réformes à entreprendre école par école, on s'arrêtera au cas particulier de l'École Polytechnique. Sa réforme rencontrera un écho très puissant et servira d'exemple aux autres écoles d'ingénieurs, en raison de l'excellence de son corps enseignant et de son recrutement.
La suppression du service militaire - qui libère une année d'étude et permet de faire passer la durée de la scolarité à trois ans - conduit à recommander d'y entreprendre une réforme radicale, selon les orientations suivantes :
- Recrutement progressif d'une quarantaine d'élèves par trois concours spéciaux, l'un réservé aux filières PT et TSI, le second aux diplômés de l'université parvenus au terme du premier niveau universitaire et le troisième pour les titulaires du DUT.
- Création d'un concours spécial réservé aux élèves des classes biologie, chimie, physique, sciences de la terre (BCPST).
- Augmentation progressive du nombre des étudiants étrangers jusqu'à une centaine par promotion.
A l'exception des plus prestigieuses, dites du groupe I, (HEC, Essec, Ecole Supérieure de Commerce de Paris, et quelques autres) les écoles de commerce souffrent aujourd'hui de leur multiplication au cours des années 1980. Leur nombre est passé de 84 en 1980 à 292 en 1992 ; leurs étudiants sont passés de 15.000 à 60.000 (annexe 13). Bien que cette croissance ait en général été accompagnée du maintien de la qualité de l'enseignement dispensé, dans certaines d'entre elles, le nombre des candidats suffit à peine à remplir les places effectivement ouvertes.
Financées pour une bonne part par les droits de scolarité acquittés par leurs étudiants, les écoles les moins bien placées sont dans une situation parfois catastrophique. Aussi leur nombre a-t-il déjà été réduit à 230 et le nombre d'élèves à 47.000 (annexe 13), alors que les meilleures voient encore leurs nouveaux inscrits augmenter de 15 % par an.
Des efforts devront encore être conduits pour poursuivre la rationalisation de ces établissements ; des incitations devront les conduire à tisser des liens avec les universités qui les entourent et à se spécialiser dans des domaines de compétences particulières liées à leur environnement.
Pour atteindre un véritable niveau d'excellence internationale, ces écoles devront, mieux que ne le font certaines, s'assurer les services de véritables enseignants-chercheurs. Elles devront aussi réorienter leurs activités vers le soutien à l'innovation et à la création d'entreprises et et d'insérer dans des réseaux européens. Les meilleures d'entre elles s'y sont engagées et ont déjà plus de 10 % d'étrangers comme étudiants.
Les entreprises pourront, en outre, être incitées, par la voie fiscale, à mieux participer à leur financement.
La mission de l'ENA restera de fournir à l'Etat des acteurs du changement, capables de travailler en équipe, au service de la politique définie par le gouvernement et décidée par le Parlement. Dans ce cadre, diverses réformes s'imposent pour accompagner la transformation radicale du rôle de l'Etat, qui commence.
a) Elargir et diversifier le recrutement de l'école, par la mise en place de centres de préparation régionaux, adossés aux universités et par un accès élargi ouvert aux élèves du cycle international.
b) Réduire les promotions actuelles, trop nombreuses au regard des besoins réels de l'Etat, d'un tiers en trois ans.
c) Professionnaliser l'enseignement et l'ouvrir à la recherche sur des sujets tels que le financement et la gestion des grands projets d'infrastructures, l'apprentissage de la conduite du changement, l'insertion sociale, etc.
d) Réorienter les postes de sortie, compte tenu de la saturation de plusieurs administrations centrales, vers des fonctions territoriales, et les champs de l'action publique qui seront après demain en pleine expansion (économie de la santé, urbanisme, environnement, recherche, emploi et solidarité, justice, intérieur). Une égalité de traitement à âge égal sera reconnue aux élèves venus du privé ou du monde associatif ou syndical pour continuer d'attirer des candidats de valeur.
Les études médicales et paramédicales seront selon les grandes orientations définies pour l'ensemble des formations universitaires, en tenant compte évidemment de leur spécificité.
Dans les trois premières années, les formations médicale et biologique seront regroupées en vue de la délivrance d'un nouveau diplôme de "licence biomédicale", destiné à l'ensemble des étudiants se destinant aux professions médicales et paramédicales (dentistes, pharmaciens, etc.) et à la recherche dans les sciences de la vie. Les plus déterminés à devenir médecins pourront, dès la scolarité de licence, avoir un contact avec la pratique clinique.
La formation médicale proprement dite ne commencera qu'en quatrième année, les règles du numerus clausus ne s'appliquant qu'à la fin de la licence, et non, comme c'est le cas aujourd'hui, à la fin de la première année.
Les études médicales proprement dites se décomposeront en deux phases : l'une de trois ans d'études, l'autre de deux ans (le "résidanat") consacrés plus spécialement à la pratique de la médecine et des autres activités de santé publique.
Des étudiants titulaires d'une licence ou d'une Nouvelle Maîtrise en sciences, recrutés sur dossier et sur entretien, pourront rejoindre le cursus des futurs médecins directement en quatrième année d'études médicales.
Le titre de docteur serait ainsi, comme dans les autres disciplines, délivré au bout de huit ans d'études. Une telle réforme devra devenir possible à l'échelle européenne.