Les formations d'ingénieurs et l'apprentissage

Position de la CTI

 

[L'apprentissage au niveau ingénieur] [habilitation d'une école d'ingénieurs classique]
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Mode quasi-exclusif de formation au Moyen Age, l'apprentissage s'était peu à peu confiné à la formation aux métiers manuels, à mesure que s'organisait dans notre pays un système éducatif de plus en plus diversifié. Deux lois successives en ont étendu, récemment, le champ d'application. La plus récente a permis dès 1987 de se préparer aux qualifications de niveau 2 ou 1 par cette voie de formation. La Commission des Titres d'Ingénieur est donc désormais concernée.

La Commission rappelle en premier lieu tout l'intérêt qu'elle porte à l'alternance , depuis la forme la plus banalisée dans les écoles d'ingénieurs d'une succession de stages et projets en entreprise pouvant couvrir de 15 à 20% du cursus, jusqu'aux formes les plus abouties initiées dans les Nouvelles Formations d'Ingénieurs, désignées plus loin par "formations en partenariat". Dans les formules les plus récentes, le rôle formateur de l'entreprise est pleinement reconnu, et la coordination avec le système éducatif apporte une grande richesse à l'acte de formation.

L'apprentissage au niveau ingénieur.

L'adaptation du concept fondamental d'apprentissage, "apprendre individuellement, avec un maître, par le vécu, en étant titulaire d'un contrat de travail" est de plus en plus difficile à mesure que l'on s'élève vers les niveaux supérieurs des formations, en raison du contenu intellectuel croissant de celles-ci. D'où l'introduction d'une interaction forte entre la formation académique (collective) et la formation en situation (personnalisée).

L'approche déductive utilisée par la plupart des écoles classiques n'est pas pleinement cohérente avec le concept d'apprentissage. Ce sont les formations d'ingénieurs en partenariat, avec leur pédagogie originale, souvent inductive, et leur alternance déjà inscrite dans le cursus, qui sont le plus à même d'être suivies par apprentissage. On peut même dire que le contrat d'apprentissage donne leur consistance aux formations initiales, nées dans le sillage des formations d'ingénieurs en partenariat qui n'avaient pas, jusque là, trouvé une véritable logique au sein de l'appareil de formation.

Fallait-il pour autant renoncer à introduire l'ap-prentissage au sein d'écoles classiques ? La question a été longtemps débattue et plusieurs arguments ont plaidé pour ouvrir un certain nombre de champs d'expérimentation dans ces écoles, notamment :

Tout cela étant susceptible, après expérience, d'influer sur la pédagogie même des écoles et allant en direction d'une meilleure qualité de la formation, la Commission des Titres d'Ingénieur a donc été favorable à l'habilitation de certaines écoles, sous réserve que soient réalisées les conditions énoncées au paragraphe suivant.

Les conditions d'habilitation d'une école d'ingénieurs classique

2.1 L'esprit de la loi est que la formation par apprentissage conduise au même diplôme que la formation initiale classique : afin qu'il y ait une référence claire, il est nécessaire que les apprentis soient nettement minoritaires au sein d'une promotion . La recommandation donnée il y a deux ans, de limiter à 20% le nombre d'apprentis dans une promotion, ne semble pas avoir posé de problème aux écoles. La Commission maintient cette limite.

Par ailleurs la procédure de choix des étudiants entre le statut classique (plus de liberté dans la conduite de ses études, possibilité d'année d'études ou de stage à l'étranger, éventualité d'un DEA en dernière année etc.) et le statut d'apprenti (rémunéré, mais plus contraint par le lien avec une entreprise unique) doit être clairement affichée.

Enfin, il est souhaitable qu' un tronc commun initial (de l'ordre d'un an pour une école en trois ans) homogénéise une promotion avant que n'intervienne le choix de l'étudiant pour l'un ou l'autre statut.

2.2 Une formation initiale par apprentissage doit faire état d'un véritable projet d'alternance : cohérence dans la succession des stages, double tutorat(*), construction du parcours académique avec l'accord du "maître d'apprentissage", et accord du tuteur académique quant aux fonctions successives occupées dans l'entreprise au cours de l'apprentissage.

2.3 S'il est admis qu'il est probablement nécessaire au début de ne rien céder de la formation académique classique, pour assurer la crédibilité de la voie d'apprentissage, il faut aussi admettre que la validation des acquis de l'entreprise est dans la logique de l'apprentissage et ne doit pas être passée sous silence . Certains aménagements du cursus académique pourraient intervenir à terme, après un temps d'expérience. En tout état de cause, la formation par apprentissage intégrant la part d'initiation à l'entreprise qui est habituellement placée au sortir de l'école, peut justifier un allongement modéré, mais significatif, du temps total d'obtention du diplôme.

2.4 Le partenariat avec les branches profes-sionnelles et/ou quelques grandes entreprises doit être garanti par des engagements précis et contractuels de ces dernières quant à la qualité de la formation, du tutorat et la durée pour laquelle le partenariat est effectif.

2.5 La relation de l'école avec un CFA , en tant que structure de gestion et de partenariat, ou la création d'une section d'apprentissage, doit être spécifiée. Les responsabilités respectives du chef d'entreprise, du directeur du CFA et du chef d'établissement d'enseignement doivent être établies contractuellement. Il est notamment important que la responsabilité pédagogique et réglementaire vis à vis de l'apprenti, pendant les périodes académiques, soit impérativement dévolue au chef d'établissement d'enseignement.

Conclusions, la position de la CTI

La Commission des Titres d'Ingénieur réaf-firme qu'en raison de l'orientation inductive de leur pédagogie, les formations d'ingénieurs en partenariat sont particulièrement bien adaptées à une formation par l'apprentissage au plein sens du terme.

Forte de l'expérience autorisée dans quelques écoles classiques, évaluées fin 1997, elle constate que les ingénieurs formés par cette voie ont les mêmes connaissances que les autres ingénieurs avec, de surcroît, une meilleure appréhension de l'entreprise. Elle déplore cependant que l'introduction de l'apprentissage n'ait pas entraîné d'innovations pédagogiques dans les écoles concernées.

Elle ne voit donc pas de raison de s'opposer aux bons dossiers qui lui seront transmis. Toutefois, elle rappelle la nécessité d'être très rigoureux sur les points suivants :

Enfin la Commission des Titres d'Ingénieur attire l'attention :

sur les risques de déstabilisation d'une promotion dus à l'hétérogénéité des statuts des étudiants.

 

 

 

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revu le: 15/12/99.