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matières Une définition
renouvelée
quatre principes
[Une réflexion sur le
paysage national des écoles ]
La définition de l'ingénieur élargie et modernisée que la commission a adoptée en 1995 fait référence à la fois au métier et à la formation de l'ingénieur
S'agissant du métier, la commission observe que l'environnement technique et socio-économique des formations d'ingénieurs a sans doute connu plus d'évolutions - voire de mutations - ces vingt dernières années, que depuis le début du siècle. Elle relève, entre autres caractéristiques, le rôle fondamental reconnu à l'entreprise, en tant que cellule de base d'une économie développée, laquelle est soumise d'une part à une exigence d'innovation permanente et d'autre part au phénomène d'ouverture internationale.
Ces observations d'évidence ont ces dernières années conduit la commission à renouveler sa définition de l'école d'ingénieurs (qui désigne dans ce texte tout établissement satisfaisant aux critères indiqués, sans préjuger de la structure juridique ou des appellations variées qui peuvent être choisies.), comme le montre toute sa jurisprudence récente.En premier lieu, si la commission tient à rappeler que la vocation fondamentale d'une école d'ingénieur est une mission de formation, elle lui demande aussi aujourd'hui de développer des activités de recherche, seule ou en partenariat, menées en symbiose avec la formation. A cet égard, et conformément aux références internationales les plus intéressantes, la commission apprécie que la production des connaissances et la transmission du savoir puissent se nourrir mutuellement au sein d'un établissement d'enseignement supérieur. De ce fait, la recherche en question doit elle-même être largement tournée vers les besoins de l'économie, et son évaluation doit combiner les critères académiques et le jugement des entreprises. A cet égard, la commission rappelle que l'on attend beaucoup des écoles d'ingénieur au sein d'un dispositif de recherche technologique jugé encore insuffisant (Rapport sur la recherche française - MESR - juin 1994. Document final de la consultation nationale sur les grands objectifs de la recherche française) dans notre pays.
En second lieu, une école d'ingénieurs, qu'elle soit publique ou privée, doit elle-même être en mesure de se comporter comme une entreprise. Il s'agit là d'une exigence d'autonomie, la capacité d'évoluer étant aujourd'hui plus nécessaire que jamais au sein d'un monde plus fluctuant et moins prévisible. Les écoles sont d'ailleurs de plus en plus en situation d'émulation, de concurrence - mais aussi de coopération - sur le double marché des diplômés et de la production scientifique à finalité industrielle.
En conclusion, la commission retient aujourd'hui pour
l'école d'ingénieurs le modèle entrepreneurial,
impliquant une double mission de formation supérieure et de
recherche technologique, conception qu'elle juge seule adaptée
aux attentes de l'économie et de la société.
L'affirmation de quatre principes d'organisation.
La description précédente ne peut pas ne pas avoir
d'importantes conséquences quant aux modes d'organisation et
de fonctionnement requis pour permettre à
l'établissement d'assurer pleinement sa fonction. En fait, les
préoccupations de la commission à cet égard sont
déjà assez anciennes. Elles ont commencé
d'être vraiment explicitées au début des
années soixante-dix, au moment des premières
habilitations de formations d'ingénieurs au sein des
universités recréées par la loi du 12 novembre
1968, puis la loi du 26 janvier 1984. Ensuite, à l'occasion de
l'examen des nombreux dossiers de ces dernières années,
elle a finalement dégagé
quatre principes de nature à guider son
évaluation de tout établissement public ou
privé.
Principe 1
Une école d'ingénieurs est un établissement doté d'une personnalité juridique et d'une identité physique véritables, dont la vocation principale est de former des ingénieurs en s'appuyant sur des activités de recherche à composante technologique.
Principe 2
Quel que soit le cadre juridique et réglementaire dans lequel s'inscrit son action, l'éta- blissement doit bénéficier d'une réelle autonomie comme pour l'utilisation des moyens, qu'ils soient matériels ou humains.
Principe 3
A côté de représentants des enseignants, des étudiants et des personnels, l'organe d'administration de l'établissement doit comporter une forte proportion de personnalités extérieures, notamment nommées par les commanditaires publics ou privés concernés, issus en particulier du monde économique.
Principe 4
L'établissement doit être doté d'un gouvernement fort, incarné par un chef d'établissement aux pouvoirs clairs et étendus, responsable devant l'organe d'administration.
Remarques sur les structures actuelles.
Il est clair qu'un certain nombre d'écoles ne satisfont que très imparfaitement à la définition précédente et aussi pour diverses raisons aux principes d'organisation tels qu'ils sont énoncés. La commission émet donc le voeu que ces orientations favorisent et accélèrent des évolutions qui lui paraissent à la fois nécessaires et sans doute inéluctables.
Dans cet esprit, il lui semble utile d'énoncer quelques appréciations à propos des trois grandes catégories d'établissements que sont, sur le plan statutaire :
Une première remarque qui concerne les écoles publiques sera de mentionner une contrainte qui pèse parfois lourdement sur elles : la tutelle trop étroite que les ministères maintiennent sur les établissements.
Cette critique est sans doute moins fondée pour la
première catégorie, ces établissements relevant
actuellement presque tous de la loi du 26 janvier 1984. On ne peut
qu'observer cependant que la pratique réglementaire limite
encore beaucoup le principe d'autonomie des établissements
inscrit dans la loi, notamment au plan de la gestion des ressources
humaines. Du point de vue statutaire, la loi et la
réglementation prévoient plusieurs types de structures
spécifiques - écoles et instituts externes, grands
établissements, EPCA(*) rattachés ou non, écoles
et instituts internes aux universités - dont les
caractéristiques répondent assez bien, et dans les
limites de la loi actuelle, aux critères de la commission. En
particulier, le dernier cité - défini par l'article 33
de la loi - a été largement utilisé par les
universités depuis dix ans. La commission constate
qu'aujourd'hui près de quarante écoles et instituts de
cette nature délivrent le titre d'Ingénieur
diplômé en leur sein. Elle considère que cette
structure constitue, dans les limites de la législation
actuellement en vigueur, une réponse acceptable aux principes
l'organisation qu'elle énonce, à condition que
l'article en question soit appliqué dans toute sa
plénitude, qui
Pour ce qui concerne les écoles dépendant des autres
ministères, une tradition parfois ancienne a fait que beaucoup
d'entre elles n'étaient que des services extérieurs des
départements ministériels concernés. On
était donc fort loin de la conception entrepreneuriale que la
commission souhaite aujourd'hui favoriser. C'est pourquoi elle ne
peut qu'envisager avec satisfaction un mouvement
général qui est d'ériger en établissement
public beaucoup d'entre elles. C'est particulièrement le cas
des écoles du Ministère de la Défense. La
commission apprécie également le fait, notamment de par
sa dimension symbolique, que la plus ancienne école
d'ingénieurs de France soit devenue depuis peu un EPSCP(Cf.
Lexique dans les annexes).
Enfin, si le principal handicap de beaucoup d'écoles
privées est d'avoir de grandes difficultés à
développer une activité de recherche crédible,
ces écoles ont une grande liberté pour s'organiser de
façon pertinente. Le support juridique en est parfois la forme
sociétale ou la Fondation, mais le plus fréquent est le
statut d'association 1901. La commission est cependant attentive
à ce que la souplesse que permet ce statut ne soit pas
génératrice a contrario de flou et parfois
d'incohérence d'organisation. La commission est en particulier
très attachée à ce qu'une séparation
nette existe entre l'école et tout commanditaire.
S'agissant de mission et de structures, et sans vouloir sortir de
son rôle d'expertise, la commission ne peut pas ne pas
s'interroger sur le grand nombre d'écoles existantes et
corrélativement leur petite taille, en moyenne.
Déjà critiquée dans le passé, par exemple
par le H.C.E.E. Education - Economie ( une autre approche de l'avenir
Haut Comité Education Économie - octobre 1987.)
à une époque où il n'existait "que" 170
écoles, la situation n'a de ce point de vue cessé
d'empirer avec les nombreuses créations effectuées ces
cinq dernières années. Le nombre d'écoles
dépasse aujourd'hui 220 et leur flux moyen de sortie n'est
guère supérieur à 80 diplômés par
an.
Il serait certes contradictoire de prôner une conception
entrepreneuriale et de contester simultanément les
qualités de la PME vis-à-vis de la grande structure. La
commission est bien consciente qu'une raison du succès de
nombreuses écoles est d'être à "taille humaine",
élément d'efficacité manageriale et de
qualité de vie et d'études.
Pourtant le danger qui guette aujourd'hui nombre de petites
écoles - notamment de création récente - est
l'isolement et le manque de visibilité, aussi bien de l'amont
- le recrutement - que de l'aval, c'est à dire des
entreprises. Il est aggravé par le contexte d'ouverture
internationale, nos principaux partenaires disposant eux de grands
établissements d'enseignement supérieur et de recherche
technologiques. Dans ces conditions la commission ne peut que faire
sienne l'une des recommandations du récent rapport d'un groupe
de travail [Les filières technologiques de l'enseignement
supérieur. Rapport à Monsieur le Ministre de
l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Mai 1994 ]
réuni à la demande du ministre et qu'elle tient
à reproduire ici.
"Favoriser les rapprochements et regroupements de formations
technologiques afin de développer des synergies entre elles,
de rationaliser l'utilisation de leurs moyens et d'améliorer
leur lisibilité :
- par la constitution de réseaux d'établissements de
même nature, de même statut ou pratiquant les mêmes
conditions de recrutement.
- par le regroupement, sur une base géographique,
d'écoles d'ingénieurs et d'instituts au sein
d'instituts nationaux polytechniques, d'universités de
technologie et de centres polytechniques universitaires, en
application de la législation en vigueur. "
La commission estime souhaitable, là où cela est
possible, d'opérer de tels regroupements, permettant ainsi
l'émergence de ces grands établissements qui nous
manquent. Il conviendrait dans ce cas de pouvoir inclure dans le
champ de cette problématique à la fois des
écoles publiques et privées. Enfin, une telle politique
se devrait de préserver les effets bénéfiques de
la petite dimension, en optant pour des solutions
fédérales ou par des modes d'organisation très
déconcentrés, à l'instar de ce que savent faire
aujourd'hui les plus grands groupes industriels.
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revu le: 11/10/96.