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Allemagne
Le contexte éducatif général

 

Un système décentralisé

La première caractéristique du système éducatif allemand est son organisation décentralisée, puisque les questions éducatives sont gérées au niveau des Länder (16 au total) le gouvernement fédéral n'intervenant que de manière régulatrice au niveau d'instances de concertation (Conférence des ministres de l'Éducation), de procédures incitatives (financements partiels) et de définition du cadre législatif (Loi-cadre).

Il en résulte d'une part une certaine hétérogénéité (par exemple sur l'organisation des études en Fachhochschulen) en rapport parfois avec les thèses des partis politiques au pouvoir régionalement. Il est patent que les Länder contrôlés par les Chrétiens démocrates ont pratiqué une politique plus conservatrice, d'autres diraient plus pragmatique, favorable en clair à la différenciation des filières, alors que les sociaux-démocrates s'efforçaient là où ils étaient aux affaires de favoriser des solutions intégrées (Gesamtschulen par exemple). Force est d'admettre que ces derniers efforts n'ont pas réellement abouti et que les principes d'école unique restent assez éloignés de la philosophie éducative allemande.

Des orientations précoces

Le dispositif éducatif allemand correspond à une philosophie de choix précoce, qui fixe les vocations à étudier en fonction des aptitudes constatées à l'âge de 12 ans. Les voies techniques sont prédominantes et perçues comme des formules efficaces d'accès à l'emploi.

Cette répartition n'est pas neutre par rapport au milieu social de départ. En 1989, 60% des élèves des Hauptschulen étaient des enfants d'ouvriers, proportion tombant à 14% pour les lycées (pour une moyenne de 34%). Elle n'est toutefois par perçue comme discriminatoire dans la mesure où l'orientation vers une filière professionnelle n'est pas considérée comme dévalorisante.

Certaines pressions se sont exercées pour unifier le cycle secondaire, au travers des Gesamtschulen: force est de constater qu'elles n'ont pas abouti puisque l'expérience s'est limitée à deux Land sociaux-démocrates, sans pour autant faire tâche d'huile…

Au cours de ces dernières années le système a néanmoins évolué sous divers aspects. Il y a eu tout d'abord un net accroissement des possibilités de transfert d'une filière à l'autre. Au niveau le plus élevé Il existe des différentiations permettant aux élèves les plus doués d'accéder via le Fachhochschulreife aux Fachhochschulen, et pour ce qui est de la technique, à un titre d'ingénieur aussi apprécié sur le marché que celui attribué par les TU ou TH.

A l'inverse, un flux croissant de bacheliers généraux s'est "réorienté" de lui-même vers les filières pratiques, que ce soit dans les Fachhochschulen ou dans les BerufsAkademien que nous évoquerons plus loin.

Il y a eu d'autre part glissement significatif vers les filières longues, la Hauptschule passant de 55 à 31% d'une classe d'âge, la Realschule de 19 à 26% et le Gymnasium de 20 à 31%.

Un attachement profond au professionnalisme et à l'apprentissage

De nombreux arguments peuvent être avancés pour illustrer la place des valeurs professionnelles dans la société allemande. On peut évoquer en particulier la force depuis le Moyen-âge des traditions liées aux artisans et au compagnonnage.

Ce sont effectivement les artisans qui ont historiquement institué une première pratique de la formation professionnelle. Les apprentis, guidés par leurs maîtres, se préparaient longuement à l'exercice de leur futur métier par plusieurs années passées dans un atelier. Leur capacité était consacrée à l'issue de cette période par un certificat délivré par la corporation à laquelle ils se rattachaient.

Comme on l'imagine, la révolution industrielle du 19ème siècle allait quelque peu bouleverser ce schéma et conduire à la mise en place de formations professionnelles hors entreprises (jusqu'au niveau supérieur des écoles polytechniques devenues ultérieurement Technische Hochschulen) et internes aux entreprises.

De fait, il faut considérer que ce développement s'est fait en Allemagne sur des bases essentiellement pragmatiques en intégrant d'une part les acquis culturels et en particulier le réel respect accordés aux métiers, et en se plaçant d'autre part dans une optique essentiellement utilitariste.

Le concept d'apprentissage doit être à l'évidence rapporté à cette philosophie puisqu'il conjugue les apports d'une école professionnelle (Berufsschule) et les mérites d'une formation de terrain assurée par l'entreprise.

Cette logique allait être renforcée par le régime national socialiste qui liait une reconnaissance accrue des métiers à une scolarité obligatoire portée à 18 ans fondée essentiellement sur l'apprentissage.

Les principes hérités de la réforme de Wilhem von Humboldt

Pour une unité de la science

Le principe d'unité de la science vise à intégrer dans une même institution - l'université - toutes les disciplines, afin que les chercheurs puissent librement collaborer. Ce principe était déterminant lors de la création de l'université de Berlin: il a permis de rassembler partiellement dans une unité organisationnelle tout un ensemble d'institutions de recherche et d'enseignement déjà existantes. Des institutions comme l'Akademie der Wissenschaften, datant de la dynastie des Hohenzollern, la Bergakademie (École des Mines) et la Bauakademie (École de génie civil) n'ont pu être intégrés à l'université. Ce n'est que par la suite que la Bauakademie et la Bergakademie furent intégrées à l'université technique, et sont à l'origine des facultés d'architecture, de génie civil et de métallurgie actuelles.

Le principe d'unité de la science a influencé directement l'organisation des Technischen Hochschulen et la formation d'ingénieurs qu'elles dispensent. Ces écoles techniques supérieures, créées d'abord comme une solution alternative par rapport aux universités, ont évolué au XIXème siècle de plus en plus sur le modèle des universités, épousant ainsi les principes d'Humboldt. C'est tout d'abord l'habilitation à décerner le doctorat qui leur fut accordée - un seul type de doctorat pour toute la corporation, puis finalement un doctorat par discipline. En 1946, après la guerre, la TH de Berlin devient Technische Universität. La transformation de la plupart des TH en TU répond à ce principe d'unité de la science et correspondrait à la tentative de surmonter le dualisme université/TH et sciences humaines/sciences techniques. De même, actuellement, les TH ayant intégré dans leur organisation une faculté de sciences naturelles sont dénommées Technische Universität.

Pour une unité de l'enseignement et de la recherche

La conception humboldtienne de la science en tant qu'idéal implique quelque chose que l'on ne trouve jamais, mais que l'on ne cesse de chercher. Cette conception a une importance considérable sur le statut de l'enseignant, sur celui de l'étudiant et sur leurs rapports. Selon Humboldt, l'enseignant et l'étudiant doivent "chercher ensemble", et sont donc à égalité. L'étudiant est considéré non comme un élève, mais comme un jeune scientifique, un jeune chercheur.

A l'université, les étudiants font l'apprentissage de la recherche, et n'apprennent pas seulement un fonds donné de savoir dont disposeraient les enseignants. D'où l'importance moins fondamentale apportée aux cours magistraux dans l'université allemande, et le peu d'examens sous forme de contrôle de connaissances proprement dit. En revanche, une grande importance est accordée aux mémoires d'études ou de diplôme qui peuvent représenter de véritables contributions à la recherche.

Une telle conception des études en université nécessite apparemment une certaine durée, ce qui expliquerait que les études d'ingénieurs en université soient plus longues en Allemagne (6 à 7 ans).

Données budgétaires

  • Budget pour l'enseignement supérieur: 48 milliards de DM (163,2 Mds FF)
    • 2,47 budget fédéral
    • 26,3 Länder
    • 4,6 contrats
    • 13,4 caisses maladie
  • Budget hors Cliniques universitaires: 23,5 milliards DM
    • 15% pour les FH
    • 85% pour les universités
    • 67,5% charges de personnel
    • 20,4% charges de fonctionnement
    • 12,2% charges d'investissement, dont 44% pour les constructions
  • Dotations pour les formations d'ingénieurs (1993)
    • 4,44 milliards de DM au total
      • 3,34 charges de personnel
      • 0,55 charges de fonctionnement
      • 0,55 investissement