(réalisée par le CEFI et Noir sur Blanc)
Paris, février 2003 - Le Ministère de
l'Industrie rend publiques les conclusions d'une étude commandée
par la Direction de l'Action Régionale et de la Petite et Moyenne Industrie
(DARPMI) en 2002, et consacrée à l'ouverture internationale des
grandes écoles de gestion françaises. L'étude a été
menée conjointement par le CEFI et l'agence Noir sur Blanc auprès
de 29 grandes écoles françaises. Au-delà d'un tableau précis
des initiatives engagées par les établissements intéressés,
les auteurs de l'étude ont cherché à mesurer la qualité
de la préparation des élèves français aux défis
d'une économie globalisée, et à déterminer si les
grandes écoles de gestion présentent un dispositif de valeur sur
un marché international de la formation à la gestion lui-même
mondialisé.
L'international, axe majeur du développement des grandes écoles de gestion
L'étude dresse un bilan positif sur le degré
d'ouverture internationale des grandes écoles de gestion françaises.
Les ESC se sont muées en véritables groupes, au sein desquels
les cursus strictement " Grande Ecole " constituent aujourd'hui un
programme parmi d'autres. Au-delà des différences de taille, de
structures ou de moyens existant entre les établissements, la souplesse
de gestion et l'autonomie pédagogique propres aux grandes écoles
ont permis la multiplication des initiatives et la consolidation de réalisations
variées. L'étude confirme que depuis une dizaine d'années,
l'international a constitué un axe stratégique majeur pour tous
les établissements considérés, tant pour les cursus classiques
" Grande Ecole " que pour les autres types de formations proposées
(programmes bac + 4 de type Bachelor, souvent très internationalisés
ou binationaux, executive education).
Les ESC ont ainsi cherché à répondre aux impératifs
des évolutions macroéconomiques, aux demandes des entreprises
et à une réelle demande des élèves. La mise en place
de cursus à forte coloration internationale constitue également
un élément d'attractivité impératif sur un marché
de l'enseignement de gestion fortement concurrentiel, que la montée en
puissance de nouveaux concurrents (IEP, IAE?) ne fait que renforcer. La recherche
presque systématique d'accréditations européennes 3 et
la structuration de réels réseaux d'alliance (CEMS, AMSEC, PIM,
NIBES…) avec des partenaires étrangers témoignent de la
volonté de reconnaissance internationale, en termes de visibilité
comme de crédibilité La préparation à l'international
des élèves français : des programmes nombreux, diversifiés,
et de qualité
L'étude confirme que les élèves des grandes écoles
de gestion françaises sont bien préparés à des carrières
hors des frontières de l'hexagone, par un dispositif qui a joué,
plus que dans la plupart des pays européens, la carte de l'ouverture
internationale. Le spectre offert est complet. Les stages ou années césures
dans des entreprises à l'étranger sont largement répandus
; on trouve des filières anglophones dans un tiers des écoles
; 13 cursus binationaux de niveau bac + 4 ont été créés,
comportant deux ans à l'étranger (stage et séjours académiques)
; plus de vingt MBA full time sont référencés, et de nombreux
Executive MBA spécialisés, souvent anglophones, ont vu le jour.
Les accords de séjours académiques (imposés dans deux tiers
des écoles) sont nombreux et se répartissent sur tous les continents
; de nouvelles destinations vers des pays émergents, comme la Chine,
l'Australie ou le Mexique se banalisent. Tous les Groupes rendent aujourd'hui
possible l'obtention de doubles diplômes, tant dans les cursus classiques
que pour les programmes de niveau bac + 4. Enfin, plus des deux tiers des écoles
sont impliquées dans des actions d'ingénierie pédagogique
à l'étranger : création de MBA, de filières spécialisées…
L'efficacité de ces différentes actions peut se mesurer à
l'aune de différents indices, relevés dans le rapport. En ce qui
concerne les cursus ESC classiques (bac + 5), l'étude fait notamment
ressortir que 11 % des étudiants diplômés en 2001 sont titulaires
d'un double diplôme, et que 14,4 % d'entre eux travaillent aujourd'hui
à l'étranger (49,4 % dans le cas des diplômés des
Bachelors internationaux).
Des élèves globalement satisfaits
L'enquête réalisée auprès
des élèves des grandes écoles permet de constater une satisfaction
globale face aux actions destinées à leur donner une expérience
internationale. La grande majorité d'entre eux juge essentiel de pouvoir
effectuer un séjour académique long à l'étranger,
et un quart juge que l'acquisition d'un profil international passe obligatoirement
par l'obtention d'un double diplôme. La grande majorité juge nécessaire
de pouvoir bénéficier d'une expérience professionnelle
de longue durée (de 6 à 9 mois) hors de l'hexagone. Enfin, près
de la moitié des élèves jugent insuffisante leur formation
en langues au sein de leurs établissements, au plan quantitatif comme
au plan qualitatif : plus que des cours de langues, ils demandent des cours
fondamentaux directement enseignés dans une langue étrangère,
le plus souvent l'anglais.
Le souhait des entreprises : la recherche de cadres étrangers francophones et francophiles
Les attentes des entreprises en matière de ressources
humaines et de formation de leurs cadres à l'international présentent
des niveaux d'attente différents, en fonction de leur taille et de l'espace
géographique couvert par leur activité. Les PME ont tendance à
rechercher des profils moins pointus. Les grands groupes recherchent des diplômés
français capables de travailler au sein d'équipes multinationales,
maîtrisant parfaitement la langue anglaise et familiarisés à
des cultures diverses et riches d'expériences et de trajectoires personnelles
significatives. Les unes comme les autres estiment que le système des
grandes écoles permet de répondre à ces attentes. Les auteurs
de l'étude relèvent une attente essentielle des entreprises :
pouvoir recruter des cadres étrangers francophones, ouverts aux réalités
et à la culture française, ce qui pose la question de l'attractivité
du système français.
La capacité d'attraction du système français en question
Les auteurs de l'étude dressent un bilan honorable, mais en relatif décalage
avec le bilan très satisfaisant de la formation des étudiants
français. Les barrages (question de la langue, coût des études,
structure des cursus, procédures administratives et réglementaires)
sont d'ailleurs largement partagés par tout le système éducatif
français. Les étudiants étrangers représentent aujourd'hui
17 % des effectifs dans les cursus ESC - la plupart d'entre eux n'étant
inscrits que dans le cadre d'échanges simples, sans obtention du diplôme
français.
Le recrutement d'élèves étrangers dans des formations diplômantes
constitue une priorité affirmée pour les grandes écoles
4, les cycles spécialisés conçus et adaptés pour
des publics internationaux (MBA, Masters of Science (MSc), Mastères,
3ème cycles?) se sont multipliés . Le rapport recense près
de 120 mastères, une soixantaine de MSc (47 % d'étudiants étrangers)
et 19 MBA full time (68 % d'élèves étrangers).
Les enjeux économiques du recrutement d'étudiants étrangers
sont essentiels pour les écoles : tant pour répondre aux attentes
des entreprises, que pour faire face à l'émergence d'un nombre
croissant de groupes de taille européenne ou mondiale, ou pour soutenir
à grande échelle les investissements français présents
et futurs à l'étranger (Chine, Amérique Latine). L'étude
relève la contribution importante de ces formations à l'image
et au rayonnement français.
Les bonnes pratiques
L'étude dresse un tableau des pratiques jugées pertinentes et susceptibles d'améliorer la qualité générale du système des grandes écoles. Elle relève la multiplication dans les filières ESC d'enseignements anglophones, et l'existence de summer programs inventifs permettant l'accueil des étudiants étrangers. Elle note également le développement d'une offre spécifiquement tournée vers l'étranger . La multiplication d'actions d'ingénierie pédagogique vers des pays encore non alignés sur les standards anglo-saxons, s'inscrit dans cette direction. Pour répondre à l'internationalisation du corps professoral, les écoles incitent les professeurs à la mobilité et à la coopération en matière de recherche. Elles s'insèrent également dans des réseaux de visiting professors. Elles n'hésitent pas à établir des coopérations avec des écoles d'ingénieurs ou des universités pouvant aller jusqu'à la création de consortiums d'établissements et permettant la mise en place de synergies efficaces en termes d'ouverture internationale. D'autres établissements ont construit, en prenant en compte les atouts du tissu économique local, des réseaux et des formations thématiques (filières agroalimentaires, textile, vin?) : dans ce cadre, ils ont développé l'accueil de stagiaires étrangers, ainsi que l'envoi de stagiaires français dans des filiales situées à l'étranger?
Favoriser l'émergence d'un modèle européen alternatif
Dans un monde de l'enseignement supérieur de gestion
où dominent les standards anglo-saxons (comme le montrent l'anglophonie
croissante et l'alignement des intitulés des diplômes : Bachelor,
MBA, Masters of Science..), les auteurs du rapport posent la question de l'émergence
éventuelle d'un modèle européen d'enseignement susceptible
de constituer une alternative efficace. Il apparaît, en effet, que les
écoles françaises ont mis en place avec leurs partenaires européens
les mêmes modes de coopération et d'échanges académiques
qu'avec les institutions situées hors de l'Union européenne. Les
auteurs de l'étude regrettent que ces liens particuliers ne soient pas
davantage privilégiés, même s'ils constatent que certaines
écoles ont d'ores et déjà mis en place des formations spécifiquement
axées sur le contexte européen : Masters in European Business,
enseignements culturels, filières et programmes non anglophones, réseaux
spécifiquement européens (CEMS, EMBS…), etc.
Pour sensibiliser les acteurs à cet enjeu, encourager le travail en réseau
et développer, sous un angle tant institutionnel que pédagogique,
une forme de modèle européen se démarquant de manière
réaliste du modèle nord-américain, les auteurs de l'étude
recommandent qu'une initiative politique soit prise au plan européen.
Ils relèvent que les propositions récentes de la Commission européenne,
relatives à la mise en place du programme Erasmus World, vont dans ce
sens.
Les préconisations des auteurs de l'étude
Les auteurs proposent notamment la mise en place de
mesures d'accompagnement destinées à renforcer les équipes
enseignantes en facilitant l'arrivée de professeurs étrangers
de haut niveau : ainsi, le détachement d'universitaires dans les écoles,
ou la création d'une nouvelle " Villa Médicis " de l'enseignement
de gestion, permettant l'accueil temporaire des professeurs.
Ils soulignent également la nécessité d'encourager l'accueil
d'étudiants étrangers, en facilitant notamment les procédures
réglementaires et administratives en vigueur, et en améliorant
l'effort engagé par le biais de structures ad hoc, telles Edufrance.
L'étude recommande de mettre en place des outils de suivi des étudiants
étrangers, afin de maintenir les liens tissés au cours de leur
séjour en France : leur intégration aux réseaux d'anciens,
comme le font les business schools anglo-saxonnes, porterait certainement ses
fruits.
texte du rapport
, recommandations