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Extrait du rapport environnement-santé (février 2004)

Les substances chimiques sont une composante essentielle de l’activité économique en termes d'échanges commerciaux et d'emploi.
La production mondiale de substances chimiques est passée d'un million de tonnes en 1930 à
400 millions de tonnes aujourd'hui. Près de 100 000 substances différentes sont enregistrées sur le marché communautaire, dont 10 000 commercialisées en quantités supérieures à 10 tonnes/an et 20 000 en quantités comprises entre 1 et 10 tonnes/an.

L'industrie chimique de l'Union européenne était, en 1998, la première industrie chimique du monde, suivie par celle des Etats-Unis, avec 28 % de la valeur de la production et un excédent commercial de 12 milliards d'euros.

L'industrie chimique est la troisième industrie manufacturière d'Europe. Elle emploie directement 1,7 millions de personnes. Les substances et produits peuvent être classés en différentes catégories d’usages pour lesquelles les procédures administratives d’autorisation de mise sur le marché diffèrent :

  • les substances chimiques à usages industriels généraux (intermédiaires de synthèse, colorants textiles, produits
    pour la photographie, reprographie, etc.),
  • les produits anti-parasitaires à usages agricoles (pesticides), ou non (biocides),
  • les médicaments à usages humain et vétérinaire et les cosmétiques.

Dispositif réglementaire, application et contrôle


La réglementation de mise en marché des substances chimiques dites "générales" diffère selon qu'il s'agit de substances dites "nouvelles" ou "existantes". Les substances chimiques "nouvelles" sont celles qui ne figurent pas dans l'inventaire européen des substances chimiques existantes commercialisées (EINECS101), clos en 1981 et comportant environ 100 000 molécules. Elles sont soumises à notification, alors que les substances existantes sont soumises à un programme de réexamen systématique.

Depuis 1981, la France applique la directive 67/548/CEE sur la classification, l’emballage et l’étiquetage des substances qui prévoit la notification des substances nouvelles auprès des autorités compétentes nationales, le Ministère chargé de l'environnement et l’Institut National de
Recherche et de Sécurité (INRS). Depuis 1994, la France participe à l’évaluation des risques des substances existantes dans le cadre du règlement européen 793/93. Les autorités compétentes sont les mêmes que pour les substances nouvelles. Les dossiers de substances chimiques nouvelles et existantes sont, à ce jour, examinés par la Commission nationale de l'Ecotoxicité des Substances Chimiques du Ministère chargé de l’environnement.

Toxicité des produits chimiques

Le consensus sur la faiblesse du nombre de substances connues ou évaluées a abouti à un projet de règlement mettant en place la procédure REACH [Registration, Evaluation, Authorization of CHemicals].

Le système REACH prend en compte la quasi-totalité des substances chimiques (celles produites
à plus d’une tonne/an dans l’UE). Cette nouvelle politique chimique devra remplir quatre
objectifs :

  • la protection de l’environnement et de la santé des consommateurs et des travailleurs ;
  • l’harmonisation et la centralisation des procédures pour faciliter le marché intérieur ;
  • une information transparente fondée sur la confiance ;
  • la responsabilisation du secteur industriel.

Un tel système intégrera les actions engagées sur les polluants organiques persistants (POPs), sur les perturbateurs endocriniens et sur les substances appauvrissant la couche d’ozone. REACH pourrait, à terme, remplacer plus de 40 directives et règlements actuellement en vigueur.

Il s’agit d’un système intégré unique d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation des produits chimiques. Les entreprises qui fabriquent et importent des produits chimiques s’engageraient à évaluer les risques résultant de leur utilisation et à prendre les mesures nécessaires pour gérer tout risque identifié. La charge de la preuve que la sécurité des produits chimiques commercialisés est assurée serait renversée et passerait des autorités publiques à l'industrie. Dans un premier temps, ce système ne s’appliquera dans sa globalité qu’aux substances dites
actuellement «à usages industriels généraux ».

REACH s’appuie beaucoup plus sur une évaluation des risques visant à mieux caractériser l’exposition et donne plus d’importance aux méthodes de modélisation. Le système REACH doit comprendre trois volets (site internet europa.eu.int) :

  • l’enregistrement auprès d’une agence européenne des données produites par l’industrie pour
    toutes les substances anciennes ou nouvelles produites ou importées à plus de 1 tonne/an ;
    chargée de gérer la base de données, cette agence serait responsable de la fourniture au public
    d'informations non confidentielles,
  • l’évaluation par les autorités de certaines substances sélectionnées en fonction des tonnages
    ou d’autres critères de préoccupation (suspicion d’un risque pour la santé humaine ou
    l’environnement),
  • l’autorisation pour les substances les plus préoccupantes, notamment CMR, Persistantes, Bioaccumulables et Toxiques (PBT) ou très persistantes et très bioaccumulables (vPvB).

Dans sa version actuelle, la commission européenne estime à 2 milliards d’euros sur 11 ans les coûts directs du projet REACH pour l’ensemble de l’Union européenne. Ceux-ci se répartissent principalement entre les tests (60%) et la phase d’enregistrement (25%), les substances produites en quantité supérieure à 100 tonnes/an supportant 70% des coûts. La prise en compte d’un éventuel impact macro-économique ou des coûts indirects (disparition
des substances jugées trop nocives, impact sur les utilisateurs avals d’une augmentation des prix) conduit à une estimation du coût total entre 2,8 et 5,2 milliard d’euros. Les bénéfices sanitaires (amélioration de l’espérance et de la qualité de la vie) et environnementaux sont globalement estimés par la Commission européenne à un équivalent de 50 milliards d’euros sur 30 ans. Pour comparaison, une étude du ministère chargé de l’environnement estime les bénéfices sanitaires en Europe (uniquement ceux liés à la diminution de la mortalité par cancer en milieu professionnel) entre 4,5 et 13 milliards d’euros.

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